par Louise Sarrasin, en collaboration avec Mario Roy, animateur au service local du RÉCIT de la commission scolaire du Chemin-du-Roy
Que peuvent réaliser ensemble un animateur du RÉCIT, un directeur d’école, des élèves, des parents, leurs enseignants et leur communauté locale ? Quels liens y a-t-il entre une exposition sur les jouets artisanaux japonais contemporains et le développement des technologies ? Qu’ont toutes ces personnes et ces projets en commun ? Avant tout, un désir partagé de collaborer afin de mettre en œuvre des projets stimulants pour leurs élèves. Regard sur une expérience fructueuse de collaboration initiée par Mario Roy du service local du RÉCIT.
Être un animateur du RÉCIT, c’est être à l’affût de toutes les possibilités qui s’offrent pour mettre les TIC au service de la pédagogie. Et profiter d’une exposition réalisée en cours dans sa communauté locale pour intéresser les élèves aux développements technologiques, c’est une façon originale de remplir son mandat, tout en travaillant en réseau. Dans cette entrevue, Mario Roy se prête au jeu des questions et réponses pour illustrer ce fait.
Louise Sarrasin- Qui a été maître d’œuvre de l’exposition « Voyage au pays de Karakuri » et quel objectif cette personne poursuivait-elle avec cette exposition ?
Mario Roy - C’est Kazuko Miura, épouse de Monsieur Jean-Louis René, directeur de l’école primaire Curé-Chamberland, une école de notre Commission scolaire. Madame Miura fait à l’heure actuelle des études en muséologie à l’Université du Québec à Montréal. Comme projet de maîtrise, elle a choisi d’inviter M. Minoru Takahashi et d’organiser l’exposition Voyage au pays de Karakuri. Cette exposition visait d’abord à présenter l’âme de la technologie japonaise à un public québécois. Elle a été présentée au Centre Raymond-Lasnier de Trois-Rivières.
L.S. - D’où vous est venue l’idée d’intéresser les élèves à cette exposition ?
Mario - Quand Jean-Louis Roy m’a approché pour me demander si notre service local du RÉCIT pouvait héberger le site de l’exposition, j’ai accepté tout de suite sa proposition. Du même souffle, je lui ai proposé que nous collaborions afin de rendre l’exposition accessible aux élèves de notre commission scolaire et de permettre aux écoles de recevoir l’artiste dans leur milieu. J’y voyais là une occasion unique d’intéresser les élèves aux innovations et aux développements technologiques par le biais de l’histoire du jouet artisanal japonais. On leur permettait ainsi de connaître davantage le métier de l’artisan de jouets en bois et de comprendre qu’il a été une source d’inspiration pour la technologie japonaise d’aujourd’hui, et même à son origine.
L.S. - Combien d’élèves ont été touchés par cette initiative ?
Mario - Monsieur Takahashi a visité une quinzaine de nos écoles et il a rencontré quelques centaines de nos étudiants lors d’ateliers qui y ont été offerts. Plus de 918 élèves et de 72 accompagnateurs (enseignants et autres adultes) ont visité l’exposition. Quant aux visites, elles ont permis d’atteindre 1090 élèves et 54 accompagnateurs.
L.S. - Quelles activités ont été organisées en parallèle à cette exposition ?
Mario - Nous avons réalisé un site Internet qui a attiré jusqu’à ce jour plus de 2000 visiteurs. Durant l’exposition, les enfants pouvaient correspondre avec l’artiste dans les deux sections suivantes du site : « Questions des élèves » et « Nouvelles de l’artiste. Il y a eu aussi un vernissage auquel ont participé 250 personnes, dont le maire de Trois-Rivières, le consul du Japon à Montréal, l’artiste, et de nombreux autres invités, incluant des enfants et des enseignants. Nous avons également offert un atelier à 33 enseignants au Centre Raymond-Lasnier. De plus, nous avons animé des activités avec l’artiste dans 22 classes pendant 10 jours. Durant ces animations, nous avons tourné plus de cinq heures d’images vidéo en présence des enfants. Enfin, les enfants des écoles Ste-Thérèse et Cardinal Roy qui fréquentent la « Maison Coup de pouce » ont participé à la fabrication d’un karakuri.
L.S. - Selon vous, quelles sont les retombées de ce projet ?
Mario - Il est un peu tôt pour se prononcer sur ce sujet, car la visite s’est terminée en décembre dernier. Toutefois, j’ose espérer que cette exposition et les activités qui en ont découlé seront pour nos élèves une source d’inspiration par rapport à la création et à l’expérimentation future. C’est du moins le cas des élèves du programme Omnisciences qui se sont dits très inspirés par la présentation de l’atelier dans leur école. À l’heure actuelle, ces élèves sont en train de préparer une compétition locale qui se tiendra en avril prochain et qui sera l’occasion de relever des défis en robotique. Une autre retombée est que j’ai initié M. Jean-Louis René au fonctionnement de la vidéoconférence Skype . Pour nous, ce fut un outil très précieux pour planifier la visite de l’artiste dans notre milieu.
L.S. - Pouvez-vous démontrer comment un projet de cette nature se rattache à bon nombre de disciplines du programme de formation et en quoi il bénéficie de l’apport des TIC ?
Mario - Ce projet visait d’abord à développer certaines compétences transversales. Parmi elles, mentionnons les compétences Résoudre des problèmes et Mettre en œuvre sa pensée créatrice. Lors des ateliers (dont nous aurons bientôt des extraits vidéo), les élèves ont souvent été appelés à cerner le contexte du projet en percevant ses éléments déterminants et les liens qui les unissaient. Par ailleurs, ils ont aussi été appelés à en cerner l’objectif et à anticiper son dénouement. Le développement de ces compétences aidera sûrement nos élèves du programme Omnisciences au moment où ils devront relever leurs défis robotique. Nous avons aussi touché la compétence Structurer son identité. Ainsi, lors des ateliers, les élèves ont manifesté un intérêt très grand envers la culture japonaise. Les traces qu’ils ont laissées sur le site web de l’exposition en témoignent. En ce qui concerne l’utilisation des TIC, je pense qu’elles se manifesteront davantage lors du suivi que nous ferons dans les prochaines semaines.
L.S. - Voyez-vous des suites à ce projet ?
Mario - En tant qu’animateur du RÉCIT, j’entends accompagner les classes qui le désirent à réaliser des projets inspirés de cette exposition. De plus, je pense organiser un concours au cours duquel les élèves qui ont participé à l’atelier ou à l’exposition auront à donner un compte-rendu de leur expérience du Voyage au pays de Karakuri à l’aide d’outils TIC. Par exemple, au premier et au deuxième cycle du primaire, j’aimerais que les élèves dessinent leur robot idéal en utilisant un logiciel de dessin. On pourrait aussi, par exemple, organiser une compétition de robotique internationale et inviter les élèves à construire un robot à partir d’objets recyclés.
L.S. - Avez-vous l’intention de présenter un atelier sur le sujet prochainement ?
Mario - Nous allons présenter des séquences vidéo de l’artiste et de ses jouets en action au carrefour pédagogique du prochain colloque de l’AQUOPS et cela, en lien avec la robotique.
L.S. - Pouvez-vous expliquer le lien qu’il y a entre le jouet artisanal et les technologies ?
Mario - Le jouet artisanal fait appel à des sources d’énergie. Ainsi, lorsque monsieur Takahashi Minoru fabrique des jouets mécaniques contemporains en bois, il utilise trois sources d’énergie pour actionner ses jouets : l’énergie électrique, l’énergie manuelle et l’énergie de la pesanteur.
L.S. - Pouvez-vous donner un exemple tiré de la robotique japonaise ?
Mario - Asimo en est un parfait exemple. C’est un robot humanoïde développé par Honda. Asimo est l’acronyme de « Advanced Step in Innovative MObility » prononcé « ashimo » (« des jambes aussi ») en japonais. Son nom rappelle accidentellement celui de l’écrivain Isaac Asimov, le créateur des trois lois de la robotique et celui de nombreux livres de science-fiction sur le thème de la robotique.
L.S. - Avant de retourner au Japon, Minoru Takahashi a accepté, à votre demande, de livrer quelques commentaires sur les différences dans nos deux systèmes éducatifs.
Mario - Effectivement. Il a été frappé, par exemple, par le fait que les élèves québécois expriment très bien leurs émotions alors que les élèves japonais sont plus retenus. Pourquoi ne pas aller voir cette séquence vidéo pour en apprendre davantage ? http://recit.csduroy.qc.ca/repondants/
L.S. - Pour terminer, est-ce que vous pouvez nous dire ce que cette expérience de collaboration avec la communauté vous a apporté en tant qu’animateur du RÉCIT ?
Mario - Au départ, il n’est pas toujours évident au départ de voir en quoi ce type de projet concerne un animateur RECIT. Cependant, au fur et à mesure que le projet se déroule, c’est à l’animateur de trouver en quoi les TIC permettent de maximiser le déroulement d’une activité. C’est ce que j’ai tenté de faire tout au long du projet en tentant d’interpeller les enseignants et les élèves via le site web. Par ailleurs, c’est aussi ce que je ferai dans les semaines qui suivent en proposant des activités TIC à tous ceux et celles qui ont participé à ce magnifique échange culturel qui soit dit en passant, nous a permis à CS du Chemin-du Roy de créer de liens avec une nouvelle culture. L’avenir nous dira de quelle façon nous allons exploiter ces liens dans le futur.
L.S. - Mario Roy, merci d’avoir partagé avec nous cette très belle expérience de collaboration. D’ailleurs, nous invitons les internautes à surveiller sur notre site les prochains articles qui traiteront des projets inspirés de cette exposition.