Table ronde sur le TBI

Les tableaux blancs interactifs (TBI) ont la côte. De plus en plus répandus dans le milieu scolaire, ils deviennent très populaires auprès des enseignants et des élèves. Le TBI est-il seulement un gadget ou peut-il jouer un rôle dans les apprentissages de l’élève ? Comment s’assurer que cet outil est utilisé à des fins pédagogiques et qu’il profite d’abord et avant tout à l’élève ? Quel rôle le RÉCIT doit-il jouer pour guider les enseignants dans l’utilisation de cet outil ? Ces questions et bien d’autres ont alimenté la table ronde qui a eu lieu sur le sujet lors de la Rencontre nationale du RÉCIT à l’automne 2009. Retour sur ce débat animé et très pédagogique.

Par Louise Sarrasin

Les personnes-ressources du RÉCIT sont parmi les premières sollicitées pour donner un avis sur la question des tableaux blancs interactifs et outiller les enseignants quant à son utilisation auprès des élèves. C’est pourquoi, à la suggestion de Sonia Sehili, coordonnatrice du RÉCIT, Yvan Lessard, Patrick Morrier et Mario Roy, trois personnes-ressources du RÉCIT, ont invité leurs collègues à venir discuter du sujet en table ronde. Ils avaient aussi invité Céline Richard, enseignante de 6e année à la commission scolaire Chemin-du-Roy à venir présenter comment elle utilise le TBI en classe et à partager sa vision de l’outil. L’objectif de la table ronde était de lancer des questions et des pistes sur le sujet, d’écouter ce qu’en pensent les participants afin d’en arriver à une pensée plus claire sur les TBI au sein du RÉCIT.

Le TBI, un gadget technologique ?

Pour amorcer le débat, un des animateurs a lancé une question qu’il entend souvent dans son milieu : « Le TBI, est-il ou non, un gadget technologique ? » La majorité des intervenants ont conclu que oui, s’il n’y a pas un projet ou une intention pédagogique derrière l’utilisation de l’outil. Par ailleurs, d’autres ont mentionné que ce serait le cas pour n’importe quel outil technologique. Un autre intervenant a tenu à ajouter un élément à la question en proposant aux participants de faire la distinction entre pédagogie et didactique. « Du côté pédagogique, a-t-il illustré, on peut se demander en quoi le TBI aide l’élève à développer ses compétences disciplinaires et transversales. Ça dépend de ce que tu fais avec le TBI. Le prof qui déplace des choses ou montre une fonction sur le tableau blanc, cela a une valeur du côté didactique. »

« Il y a comme une mode, un vent qui souffle, a commenté une participante, mais que peut-on faire avec le tableau blanc ? Est-ce que l’on se pose la question ? »

Avantages et limites du TBI

D’entrée de jeu, une intervenante a répondu : « garder des traces et être efficace ». Cette remarque a incité d’autres personnes à décrire en ces mots les avantages qu’ils trouvaient aux TBI :

— C’est un beau moyen d’aller chercher les étudiants et de créer justement des moyens de collaboration que l’on n’avait pas avec le tableau classique.

—On peut faire des simulations, de la vidéo, du son.

— L’élève est là en avant, il fait quelque chose ; il y en a un autre qui peut se lever puis continuer à travailler sur ce qu’il fait. Ils peuvent construire ensemble.

Cela n’a pas convaincu tous les intervenants. Certains pensent plutôt que le TBI est un outil beaucoup plus utile à l’enseignant qu’à l’élève comme l’a exprimé cette personne : « c’est un appareil qui a été conçu en soi pour faire de la démonstration, pour montrer des aspects didactiques. Mais quand on veut mettre l’élève en action, l’appareil devient inutile, car on met un seul élève en action sur le TBI alors que les autres sont passifs et regardent. Dans la mesure où un enseignant travaille de façon numérique, l’outil va être une assistance extraordinaire à l’enseignement. De là à en faire un outil pédagogique qui va servir au développement des compétences des élèves, j’espère que vous allez me convaincre. Je ne le suis pas encore ».

Plus value didactique ou pédagogique ?

L’idée de dégager la plus-value didactique du TBI d’une part et la plus-value pédagogique d’autre part a été au cœur de la discussion. Pour tenter d’y répondre, une participante a immédiatement cherché la définition du mot pédagogie dans le dictionnaire Wikipédia pour la proposer à tous : « la définition, à part l’art d’éduquer, dit aussi que c’est faire preuve de pédagogie, c’est d’enseigner un savoir par des méthodes adaptées à un individu ». Elle a conclu ainsi : « le TBI, c’est une méthode adaptée aux élèves dans une classe. Ce sont leurs outils d’apprentissages, c’est adapté, donc c’est de la pédagogie ». En accord avec cette définition, quelqu’un d’autre a ajouté : « le TBI, c’est un plus pour l’élève, c’est un plus pour le rôle de l’enseignant. Est-ce que c’est un plus dans l’apprentissage de l’élève ? Ou est-ce un plus dans le rôle du prof ? C’est sûr qu’à un moment donné, les deux se rejoignent ».

Plus tard dans le débat, une intervenante est revenue à la charge sur cela en suggérant de se poser la question sur le pourquoi le TBI a été conçu au départ, en d’autres mots, sur l’extra que l’on avait voulu y ajouter par rapport au fameux projecteur. Selon elle, ce sont ces éléments-là qui constituent la plus-value du TBI. Ce serait, a-t-elle expliqué, de voir comment le TBI peut faciliter l’apprentissage et de l’utiliser comme outil pédagogique plutôt que le voir comme un outil pour diffuser de la matière. Cela a permis à un autre intervenant d’ajouter que l’outil TBI amène des interrogations sur la façon d’éduquer les jeunes. La tendance veut que l’enseignant soit au centre de l’éducation. Le tableau blanc interactif nous force à réévaluer comment on fait les choses. L’outil nous incite à nous demander comment il peut nous aider non seulement à enseigner, mais à nous faire réfléchir à nos propres façons de faire les choses en classe.

D’autres points de vue se sont fait entendre sur la question :

— Bien utilisé, le TBI est pédagogique. Premier aspect : si on laisse l’élève l’utiliser, on met l’emphase sur l’élève. Deuxième aspect : ça rend tangible et ça rend tactile ce qui auparavant était non tangible et non tactile. Quand l’élève commence à toucher un objet avec les mains, ça rend réel l’apprentissage.

— « You are not the sage on the stage, you are the guide on the side ». Cette expression a été choisie par un participant anglophone pour illustrer que le TBI change la dynamique de la classe.

— La plus-value vient du côté interactif du tableau, en particulier pour les élèves plus kinesthésiques, comme le fait de pouvoir manipuler des concepts, de pouvoir aller sur un logiciel ou sur une application en ligne et de jouer sur les concepts à partir du tableau. Le côté interactivité y est pour beaucoup au plan pédagogique, en fonction de l’utilisation évidemment.

— Il y a un côté plus concret quand on fait une démonstration avec le TBI, car le doigt pointe vraiment sur l’objet ou le crayon. Lorsqu’on utilise un canon ou une souris, le geste que l’on fait n’est pas vu par l’élève, alors la réaction provoquée à l’écran n’est pas directe. Dans ce sens-là, c’est vraiment intéressant, mais on est encore dans le côté didactique.

— Je ne dirais pas que le TBI est juste du côté didactique. L’élève qui est en train de faire ça, lui, intègre plus d’informations parce qu’il est en lien avec l’objet.

TBI ou projecteur ?

Les participants ont cherché à savoir si l’utilisation du TBI était vraiment différente de celle d’un projecteur jumelé à un ordinateur.

— On peut faire la même chose avec un projecteur et un ordinateur qu’avec un TBI, car les logiciels le permettent. Il suffit, pense-t-on, d’installer les mêmes outils que ceux du TBI et de les mettre sur un ordinateur.

— Pouvoir mettre le doigt sur un objet, ça fait une grosse différence.

— Ce qui est fascinant avec le TBI, c’est l’intégration des outils. Pas besoin de cinquante bébelles. Tout est dedans. Tu peux faire l’intégration des logiciels à partir des mêmes outils de manipulation. Tu n’as pas besoin de connaître autant de logiciels différents par leur menu, autant d’environnements, car la même barre de menu te permet de réaliser un ensemble d’activités.

— Manipuler des objets avec un doigt sur le tableau, ça n’a rien à voir avec l’impact de manipuler avec une souris. C’est tellement plus concret, car on voit l’association du geste et de sa réaction. Ça prêche beaucoup en faveur du TBI.

Il reste à démontrer que le TBI permet la coconstruction, suscite la participation de l’élève. Est-ce qu’un tableau multipoint peut modifier cela et permettre cette dynamique ? Ce sera à vérifier avec le nouvel outil.

Formation des enseignants sur le TBI

Il y en a beaucoup qui pensent que le seul fait d’entrer un TBI crée l’obligation de former les gens à son utilisation, ce qui peut être une belle porte d’entrée pour parler d’intégration des technologies. D’autres estiment qu’il ne suffit pas de faire entrer un TBI dans une classe pour forcer l’enseignant à réfléchir sur la façon dont il va faire participer les élèves. Un participant va plus loin en disant que le TBI peut même renforcer l’enseignement magistral.

Cependant, tous s’entendent pour dire qu’il est important de mettre en place un programme de formation dans leur milieu. À ce sujet, l’expérience vécue à la commission scolaire des Chênes a suscité beaucoup d’intérêt. Dans cette commission scolaire, une quarantaine d’enseignants se sont rencontrés après les heures de classe pour partager leurs stratégies et ce qu’ils font avec le TBI dans leur classe. Le premier souci de ces enseignants, note la personne-ressource qui accompagne ce groupe de rencontre : voir des activités où les élèves sont en action avec le TBI. Des activités réalisées avec le TBI par les enseignants ont aussi été mises sur le portail de la commission scolaire.

Le débat entre ce qui relève de la didactique ou de la pédagogie a dominé les discussions sans qu’une conclusion y soit apportée. Ces discussions vont sûrement se poursuivre au cours des prochaines semaines.

Autres idées d’exploitation pédagogique d’un TBI

Du côté de l’élève :

— Mettre le logiciel qui accompagne le TBI à la portée de l’élève pour que celui-ci puisse se préparer adéquatement à l’utiliser.

— Permette qu’un élève réalise une mission sur l’heure du dîner pour ensuite devenir un mini prof.

— Au-delà des présentations que l’élève peut faire avec le TBI, faire en sorte que l’élève soit vraiment actif dans ses apprentissages, qu’il ait quelque chose à faire et à construire, qu’il ait des outils dans les mains pour développer ou créer.

Du côté de l’enseignant :

— Amener l’enseignant à réfléchir sur la façon dont il va faire participer les élèves en classe.

— Former un réseau d’échange et de partage de stratégies sur le TBI.

Quel est le rôle des animateurs du RÉCIT en lien avec cette technologie ?

Pour démarrer la discussion, un des animateurs a fait part de son expérience. Il a expliqué qu’au début à la commission scolaire du Chemin-du-Roy, il y avait 3 TBI. Trois ans plus tard, les TBI s’étaient multipliés. Pour faire face à cette multiplication, il a mis en place un processus pour la formation. Ainsi, les deux utilisatrices de la première heure se sont portées volontaires pour donner de la formation aux autres enseignants l’année suivante (an 2). Des formations à la carte ont été offertes aux enseignants. Cette année, à l’an 3, un réseau TBI a été créé pour favoriser le partage de stratégies et les échanges entre enseignants qui l’utilisent. Chaque enseignant qui créera un réseau TBI bénéficiera de jours de libération pour offrir des formations à la carte ou lors des journées pédagogiques. En tant qu’animateur du RÉCIT, même s’il ne donne pas la formation lui-même, il est en mesure d’influencer positivement le réseau TBI en les encourageant à faire participer l’élève le plus possible.

Par la suite, des participants ont dit comment ils voyaient leur rôle :

— Je ne dois pas donner une formation de base sur l’outil aux enseignants, mais les encourager à être un moteur et à s’arranger pour qu’ils soient en réseau.

— Les tutoriels sur les TBI existent déjà, mais ils sont en anglais. Il y a aussi des dizaines d’activités sur le TBI. Mon rôle est de les traduire, de diffuser l’information et les ressources que l’on peut trouver déjà sur Twitter, Facebook et ailleurs.

— Mon apport, c’est le développement des compétences chez les élèves dans leurs apprentissages avec le TBI. Il faut travailler avec eux, mieux les soutenir.

— Peut-être notre rôle devrait-il être de réseauter et de rassembler les ressources pour ne pas recommencer la même affaire d’une commission scolaire à l’autre. Notre rôle devrait être plus un encouragement à réfléchir sur notre pratique parce qu’on est beaucoup dans l’action. Il faudrait prendre du recul pour changer notre pratique, pour nous ouvrir, pour rassembler les ressources puis se faire une tête sur l’enjeu.

Expériences d’une enseignante avec le tableau blanc interactif

Une pause dans le débat a permis d’accueillir Céline Richard, enseignante en 4e année dans une école de la CS du Chemin-du-Roy et évaluatrice pour le site Logiciels éducatif. Utilisatrice du TBI depuis 2008, elle a fait ce premier constat : « au départ, les enseignants ne voulaient pas nécessairement avoir un TBI dans mon école. Cependant, ils l’ont apprivoisé peu à peu en voyant les possibilités de l’outil ».

Céline Richard a mis en relief les avantages suivants :

— L’interactivité : facilite l’accès à des sites internet éducatifs qui peuvent être exploités en grand groupe pour lancer une situation d’apprentissage ou pour recevoir une notion. Le TBI est une technologie bien adaptée à une génération qui baigne dans la technologie. Il facilite aussi la mise en commun des travaux et permet une insertion de photographies, d’acétates numériques ou de présentation d’un PowerPoint.

— Conservation et diffusion : l’outil permet d’enregistrer et de diffuser des tableaux de présentation produits et le travail effectué. Il permet aussi la capture d’écran afin de réaliser, par exemple, des tutoriels insérés sur le site internet de la classe.

— Esthétisme de l’outil : donne accès à une impressionnante banque d’images offertes à même le logiciel accompagnant le tableau. Accès aussi à un tableau coloré, imagé et à une écriture claire et aérée.

— Inconvénients de l’outil : nécessite l’adaptation et l’apprentissage de son fonctionnement (compensés par les économies de temps et d’énergie qu’offre le tableau). Problèmes techniques occasionnels.

— Impacts mesurés chez ses élèves : l’outil permet d’accroître leur motivation, leur soif d’apprendre et de satisfaire rapidement leur curiosité.

Très convaincue et enthousiaste, Céline Richard a terminé son exposé en faisant part de témoignages de ses élèves.

Cliquez ici pour voir la présentation PowerPoint de Céline Richard.

Une réflexion à poursuivre

La réflexion est donc bien engagée au RÉCIT. À travers les propos, on devine que les personnes-ressources du RÉCIT ont vraiment la préoccupation de faire en sorte que les TBI soient utilisés à des fins pédagogiques et qu’il profite d’abord et avant tout à l’élève.

L’idée de mettre en commun les ressources, les études, les références et autres documents utiles à la réflexion sur les TBI a plu. Les animateurs de la table ronde ont évoqué la possibilité de mettre ces ressources dans un serveur pour la formation, comme Moodle accessible à tous ou de déposer un dossier sur le site central du RÉCIT. Un participant a proposé aussi d’y ajouter un forum. Les animateurs entendent proposer des moyens de poursuivre la réflexion sous peu. Le site central fera état de la réflexion sur le sujet.

En supplément d’information :

Animateurs de la table ronde :

Yvan Lessard, Service local du RÉCIT C.S. des Sommets, Patrick Morrier, Service national du RÉCIT à la formation professionnelle, Mario Roy, Service local du RÉCIT, C.S. Chemin-du-Roy

Réflexions sur les TBI sur les sites du RÉCIT

Webographie

Site logiciels éducatifs, Chronique de Céline Richard : Le tableau blanc interactif, un outil révolutionnaire.

http://www.crdp-montpellier.fr/cd48... http://blog.commlabindia.com/elearn...