28 Août 2017

Compétences, processus et stratégies de lecture en fonction des genres textuels numériques et des supports numériques

Dans le cadre du Programme de recherche sur l’écriture et la lecture financé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) et le Fond de recherche du Québec- Société et culture (FRQSC), une recherche documentaire a été effectuée par une équipe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour identifier, dans les résultats de recherche, les théories de la lecture et les approches didactiques permettant de documenter et de comprendre l’influence des supports et des genres textuels propres au numérique sur les compétences, les processus et les stratégies de lecture. Aperçu et ressources…

D’emblée, les responsables de ce projet nous partagent les questions qui ont guidé leur recherche : Dans quelle mesure l’acte de lire se définit-il « autrement » à l’ère numérique? Quelles sont les compétences requises, de même que les processus et les stratégies mobilisés par les lecteurs, dans ce nouveau contexte? Quelles stratégies de lecture doivent être mises en place par l’école pour une clientèle de fin primaire et pour tout le secondaire?

Aussi, dans leur rapport scientifique, les auteurs annoncent leur problématique : « L’ère numérique invite à enrichir la définition de la compétence à lire et de ses composantes. La transformation de la structure et de la forme du texte avec le numérique nous force à réévaluer la définition de la notion même de lecture (Healy et Dooley 2002 ; Bélisle, 2011) ainsi que des processus (perceptifs et cognitifs) et des stratégies qui lui sont associés (Matthewman, 2007). Ainsi, lire à partir de supports numériques (ex.: ordinateurs, tablettes, cellulaires, objets Web) n’est pas seulement un exercice fondé sur un changement de support : c’est la reconfiguration d’un système de construction de sens (Bachimont, 2000; Crozat et al., 2011) ».

La lecture numérique repose sur plusieurs processus selon l’intention de lecture, le support et le genre textuel.  Sept processus sont recensés dans cette recherche en lien avec la lecture numérique :

  • la perception
  • la manipulation
  • la navigation
  • le traitement et l’évaluation de l’information
  • la construction/coconstruction et interprétation du sens
  • l’intégration multimodale
  • la métacognition

De plus, lorsqu’il est question de genres textuels, les auteurs nous font remarquer que nous retrouvons davantage de genres hybrides en format numérique. Ils nous réfèrent à l’exemple des blogues qui contiennent des anecdotes, des informations, des dialogues, etc. Voici quelques exemples de genres numériques listés dans la recherche : article de Wiki, bande dessinée numérique, billet de blogue, tweet, récit augmenté, récit enrichi, Weblog, poésie numérique, fanfiction. Aborder les caractéristiques de ces différents types de textes avec les jeunes devrait faire partie d’un enseignement selon les auteurs.

En ce qui concerne les supports numériques, les auteurs nous renvoient à ces exemples : les ebooks, les liseuses, les tablettes, les téléphones intelligents, les objets connectés, etc.

Les résultats de recherche démontrent aussi qu’il est nécessaire d’accompagner les jeunes dans le développement des compétences en lecture numérique qui ne seraient pas aussi spontanément acquises que ce qui est véhiculé puisque la fréquence des usages numériques n’est pas directement associable à la performance en lecture numérique. Même si les jeunes sont de grands utilisateurs des technologies, ils ont tendance à sous-estimer la complexité de leur usage. C’est pourquoi les chercheurs insistent sur l’importance de connaitre les caractéristiques des genres numériques complexes pour pouvoir anticiper et comprendre leur contenu. L’école a un rôle à jouer à cet égard d’après ces chercheurs.

Une étude comparative des programmes québécois, français, belge et suisse (niveau secondaire) a été réalisée afin d’aider les décideurs dans l’orientation à donner à la formation des jeunes à la lecture numérique.

« Dans le programme québécois de 2004, le numérique apparait très souvent comme une ressource documentaire. La compétence 1 « Lire et apprécier des textes variés » mentionne que pour construire son répertoire personnalisé l’élève doit recourir à une diversité de supports et de documents incluant des « documents à l’écran : page Web, site Internet, cybercarnet, forum de discussion, courriel, etc. » et des « documents informatiques et numériques : logiciel, cédérom, DVD ». « Pour diversifier ses façons de résoudre ses difficultés de compréhension et d’interprétation », il est suggéré de recourir au « dictionnaire électronique » à « l’annotation numérique » et d’exploiter les « données numériques ». Ainsi, le numérique se manifeste de manière implicite sous la désignation de termes génériques : « supports médiatiques », « textes variés », « textes de composition hétérogène ». Les seules mentions explicites du numérique concernent les compétences transversales « Exploiter les TIC » et « Se donner des méthodes de travail efficaces » et sont associées aux outils de planification, de recherche et de correction de texte. Le numérique comme objet est sous-entendu dans l’étude des documents numériques et de la compétence à lire et à écrire des textes variés en classe de français. » Le programme québécois valorise l’utilisation des ressources et des documents numériques au même titre que les textes traditionnels. Selon les chercheurs, les éléments mentionnés dans le programme pourraient être davantage exploités. Les chercheurs proposent que le programme québécois recense les genres et les supports numériques, explicite leurs caractéristiques et précise les compétences et stratégies nécessaires pour former des lecteurs performants en contexte numérique. La formation à l’écriture numérique est aussi recommandée dans le programme de formation des maitres et des jeunes.

Lire « L’écriture numérique à l’école : nouvelles réalités, nouveaux enjeux » du groupe de recherche en littératie médiatique multimodale de l’Université du Québec à Montréal.

Dix recommandations sont proposées quant à la formation à la lecture numérique. Voici un résumé.

  1. Former les élèves aux caractéristiques spécifiques des genres numériques, les aider à appréhender ces nouvelles formes textuelles numériques pour manipuler les ressources techniques, mobiliser les processus cognitifs adéquats (par exemple, la navigation).
  2. Former les élèves aux caractéristiques des supports numériques et aux caractéristiques des lectures induites par les supports numériques (par exemple, comment consulter un document sur un téléphone intelligent).
  3. Apprendre aux élèves à mobiliser des stratégies différentes selon les intentions de lecture, les genres et les supports et apprendre à mobiliser fréquemment et pendant tout l’acte de lecture (avant, pendant, après) les stratégies liées au processus métacognitif.
  4. Former les futurs enseignants et les enseignants sur les caractéristiques de la lecture numérique et les processus pouvant être mobilisés en lecture numérique.
  5. Élaborer des situations d’apprentissage et d’évaluation qui permettent de développer, mais aussi d’évaluer de manière formative et sommative, les compétences et les savoirs en lecture numérique.
  6. Augmenter les occasions pour les jeunes de lire en ligne. Les recherches soulignent une forte corrélation entre usages fréquents et variés et niveau de compétence en lecture numérique.
  7. Fournir aux élèves et aux enseignants un métalangage pour parler des spécificités de la lecture numérique (ex. : propriétés des genres, processus, supports).
  8. Produire des documents officiels approuvés par les autorités ministérielles définissant clairement les processus impliqués par la lecture numérique en fonction des intentions de lecture, des genres et des supports.
  9. Fournir à l’enseignant des ressources numériques et libres de droit pour les textes de fiction, de même que des créations vidéos. Assurer une veille numérique des ressources pertinentes.
  10. Favoriser l’utilisation de supports variés et un accompagnement.

En fait, même si les positions sont parfois opposées quant à la qualité de la lecture sur un support numérique dans les écrits, il demeure que non seulement les termes employés sont nombreux et rarement définis dans les recherches (lecture numérique sur le Web, lecture de livres augmentés, littérature numérique, etc.) qui quant à elles sont publiées sur un écart de temps non négligeable affecté par une évolution rapide du numérique selon les chercheurs. Des recherches doivent se poursuivent auprès des lecteurs en apprentissage et sur des supports et des genres textuels précis pour mieux comprendre les compétences en jeu lors de la lecture numérique, d’après les chercheurs.

Ressources

Pour en savoir davantage sur les objectifs du PREL et les priorités de recherche regroupées en 5 axes :

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